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    La Garde Impériale

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    [Grognard]_Liberalis
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    La Garde Impériale

    Message par [Grognard]_Liberalis le Lun 19 Jan 2009 - 17:43



    La Garde Impériale fut créée par Napoléon Bonaparte le 28 floréal an XII (18 mai 1804) à partir de l'ancienne Garde consulaire. Mais
    alors que cette dernière n'était qu'une simple unité assurant la
    protection du gouvernement à l’intérieur, la Garde impériale devint un
    corps d’armée d'élite, d’un effectif double et entièrement dévoué à la
    personne de Napoléon. Ses effectifs ne cessèrent d'ailleurs de croître,
    elle fut finalement divisée en Jeune Garde et Vieille Garde, les deux
    possédant leurs unités de cavalerie, d'artillerie et
    d'infanterie...dont les célèbres grenadiers.


    Des Origines à l'Empire


    Notre
    histoire commence au début du 13ème siècle, sous le règne de
    Philippe-Auguste, avec un petit corps appelé "Sergents de masse" ou
    "Sergents d'armes", destiné à la garde personnelle du souverain. Ce
    détachement fût à l'origine de nombreuses unités de la garde du Royaume
    Français, et parmis eux de la
    Compagnie des gardes de la prévôté de l'hôtel
    (ou, en d'autres termes, de la police de la cour), qui exista jusqu'à
    la révolution ; en effet, de nombreuses réformes entreprises entre 1775
    et 1786 dissolvèrent la majorité des célèbres unités de la garde Royale
    (Mousquetaires, chevau-légers, grenadiers à cheval, Gardes de la porte,
    etc...), mais la compagnie de la police de la cour survécut à toutes
    ces dissolutions.


    Le destin
    de cette "Compagnie de la police de la Cour" prit donc un tournant
    inattendu à l'époque de la révolution . Alors que le nouveau
    gouvernement achevait la destruction de la Garde Royale, cette
    compagnie de la prévôté de l'hôtel y échappa et prit le nom de "
    Garde de l'Assemblée Nationale" avant de devenir en le 22 juin 1795 "Garde de la convention" avec une augmentation impressionnante de ses effectifs.


    Enfin, le 28 Ocobre 1795, la "Garde de la convention" reçut le nom de "Garde du Corps Législatif",
    avec un effectif porté à 1200 hommes. En dépit de toutes ses
    appellations différentes et des changements d'effectif, l'objectif des
    anciennes gardes Royales demeurait le même : protéger les
    administrations publiques.







    Garde de l'assemblée Nationale
    1791 - 1795


    Tout
    comme le Roi avait sa "Maison Militaire", il devient très vite évident
    sous la Révolution d'assurer le pouvoir contre les pressions
    extérieures et autres tentatives de coup d'Etat.


    Une
    Garde qui lui soit attachée se montre indispensable ; C'est pourquoi,
    dès 1791, est créée la Garde de l'Assemblée Nationale.


    Ces soldats portaient l'uniforme des ex-Gardes de la prévôté de l'hôtel





    Garde de la convention
    1795 - 1799


    La
    représentation nationale s’appelait "la Convention" jusqu’en septembre
    1795, date à laquelle celle-ci fut dissoute et remplacée par le "Corps
    législatif", composé du Conseil des Anciens et du Conseil des Cinq
    cents.


    Appelé
    communément "Garde de la Convention" jusqu’à la dissolution de
    celle-ci, il est normal que le corps prît la désignation de "Garde du
    Corps législatif" lorsque celui-ci entra en fonction.

    Simultanément à la Garde du Corps Légilatif (ex-garde de la convention), une autre unité fut organisée le 1er novembre 1795 : La Garde du Directoire. Elle était composée de deux compagnies à pied et de deux compagnies de grenadiers à cheval, soit 224 hommes.

    Deux
    jours après le coup d'Etat du 18 Brumaire (9 novembre 1799), pendant la
    revue de la Garde du Directoire et de celle du Corps Législatif, le
    général Bonaparte annonça que dorénavant, elles allaient former une
    seule unité :
    La Garde des Consuls.


    Cette
    annonce fut officiellement confirmée par le décret du 28 novembre 1799,
    et en 1802, après de nombreux bouleversements politiques, elle prit le
    nom de
    Garde Consulaire.



    Bonaparte et la Garde consulaire

    Le
    printemps 1804 fut pour la Garde, de même que pour toute la France, une
    étape marquante. L'ordre du 10 mai 1804 faisait savoir aux soldats : "
    La Garde est prévenue que le Sénat a proclamé aujourd'hui Napoléon
    Bonaparte Empereur des Français [...] La Garde prend le titre de Garde Impériale..."





    Pour être admis dans la Garde Impériale


    La
    Garde de l'époque du Directoire était loin de satisfaire à certaines
    exigences. Selon le général Mathieu Dumas, " Cette Garde était, en
    grande partie, composée d'anciens Garde-Français qui avaient formé le
    corps des Grenadiers de la Convention [...] De très mauvais sujets
    avaient été progressivement recrutés [...] ". Ce à quoi Napoléon
    s'empressa de tenir compte : " Si un corps privilégié ne se comporte
    pas avec sagesse et mesure, il faut le dissoudre. Je veux avoir des
    soldats aguerris dans ma Garde, mais je ne veux pas avoir de soldats
    indisciplinés ; quel que fut leur uniforme, ces hommes ne seraient à
    mes yeux que des janissaires ou des prétoriens ", d'où ce haut sens de
    la discipline , cette obéissance absolue et ces qualités morales
    élevées que l'on exigeait des candidats au recrutement.
    [/size]




    L'appartenance à ce Corps constituait une récompense, et pour y être admis il fallait en 1801 :

    - Avoir fait au moins 3 campagnes ( 4, à partir de 1802 ) ;
    - Avoir obtenu des récompenses accordées aux braves ou avoir reçu des blessures au combat ;
    - Etre en activité de service
    - Avoir une taille de 1m80 pour être admis dans les Grenadiers (1m70 dans les Chasseurs)
    - Avoir toujours fait preuve de conduite irréprochable.


    Le
    décret Impérial du 29 juillet 1804 confirma de manière générale ces
    conditions mais atténua celles du physique des candidats. Désormais,
    pour entrer chez les Grenadiers, il fallait mesurer au moins 1m76 (




    1m67 chez les chasseurs).
    [font=Monotype Corsiva]De même pour le nombre de campagnes : dorénavant il ne devait pas être inférieur à 2.





    Qui étaient ces hommes


    Les
    registres conservés dans les archives du château de Vincennes
    permettent de répondre à cette question d'une manière assez
    convaincante.




    L'âge
    moyen du soldat engagé était de 31 ans et demi, celui de la retraite
    était assez variable, en moyenne 36-37 ans. De cette manière, dans la
    plupart des cas, les soldats et les sous-officiers étaient des hommes
    dans la force de l'âge, ce qui modifie un peu le tableau cliché du
    vieux grenadier aux cheveux blancs. Et quoique ce Régiment fût connu
    comme la vieille Garde, le mot "vieille" signifiera les années de
    service et non pas l'âge du soldat. Seuls quelques rares sous-officiers
    pourront correspondre à cette image. D'ailleurs, l
    e portrait du Grenadier que nous a décrit Hippolyte de Mauduit est particulièrement vif et précis ; en voici quelques extraits. "Longtemps
    éprouvé par les marches, les fatigues, les privations, les bivouacs,
    par le soleil comme par les frimas, le grenadier
    de la Garde était sec
    et maigre ; l'obésité était inconnue dans nos rangs. [...] La figure du
    grenadier était martiale et son attitide imposante ; son teint, peu ou
    point coloré, mais halé ; ses joues, creuses ; son nez, proéminent et
    généralement aquilin ; son front demi-chauve par l'effet de sa plaque
    de grenadier ou rasé à l'ordonnance ; son oeil vif et fier ; une
    épaisse et belle moustache brunie par le soleil, et parfois grisonnante
    ombrageait cette mâle figure...Une queue, artistement tressée et
    poudrée chaque matin complétait l'ensemble de cette tête modèle. Un
    cachet particulier de la coquetterie du grenadier de la Garde était la
    boucle d'oreille ; c'était sa première dépense en arrivant au corps ;
    elle était de rigueur."

    Pas
    plus de 7% des hommes n'avaient quitté le Régiment à l'âge de 40 ans ou
    plus, et seulement 1% était retraité à l'âge de 50 ans ou plus. Quoique
    les soldats de la Garde fussent loin de la vieillesse, leur service,
    lui, était vraiment "vieux". Le service moyen était de presque 13 ans,
    ce qui signifie qu'en moyenne le Grenadier du 1er Régiment avait
    derrière lui 15-16 ans de service. Chaque soldat recruté dans ce
    Régiment avait en moyenne fait 10 campagnes, 55% avaient passé en
    service actif de 11 à 15 ans ! Si à cela on ajoute les 3,5 campagnes
    que les soldats firent dans les rangs de la Garde, on peut dire que
    chacun d'entre eux, à sa retraite, comptait environ 14 campagnes à son
    actif.





    Il
    est à souligner que souvent les hommes n'étaient déjà plus de simples
    soldats avant d'être enrôlés dans les unités de la Garde ; Quelques
    215 grenadiers du premier Régiment dont le parcours est parvenu jusqu'à
    nous étaient, avant d'entrer dans la Garde :
    Soldats (74)
    Caporaux, brigadiers ou fourriers (63)
    Sergents ou maréchaux des logis (43)
    Sergents majors (6)
    Gendarmes (12)
    16 dont les registres ne donnent aucune indication
    1 sans service préalable


    Comme
    on le voit, plus de 60% des effectifs du Régiment avaient déjà le grade
    de caporal et même plus, et 4,2% des engagés était soit décorés de la
    légion d'honneur, soit avaient mérité les armes d'honneur.


    Dernière édition par [Grognard]_Liberalis le Mer 5 Jan 2011 - 15:58, édité 2 fois


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    Re: La Garde Impériale

    Message par [Grognard]_Liberalis le Lun 19 Jan 2009 - 18:05

    Le destin de ces hommes



    Le
    destin des soldats de la Garde fut différent de celui des soldats de
    l'infanterie de ligne. Nos 215 Grenadiers finirent leur service de la
    manière suivante :
    - 52 furent retraités
    - 11 ont obtenu le statut de vétérans
    - 17 furent Tués au combat ou morts des suites de leurs blessures
    - 12 sont morts à la suite de maladies
    - 9 furent rayés pour longue absence
    - 34 ont été promus sous-officiers de la jeune Garde
    - 7 furent promus officiers d'unités de ligne
    - 2 ont été promus sous-officiers dans d'autres Régiments de la vieille Garde
    - 2 furent déserteurs
    - 2 furent renvoyés pour mauvaise conduite
    - 1 termina suicidé
    - 14 continuèrent de servir après 1814
    - 45 disparurent pendant la retraite de Russie




    Ce
    qui saute aux yeux, c'est le nombre insignifiant de déserteurs. Dans la
    vieille Garde, la désertion n'existait pratiquement pas ; il s'agissait
    de fait isolé lié à un drâme personnel ou un conflit de service. Quand
    on la compare avec celle de l'infanterie de ligne, la faible mortalité
    à la suite de maladie attire également l'attention. Dans une grande
    mesure, cela s'explique par la trempe des soldats recrutés dans la
    Garde, par la sélection naturelle, mais aussi par les conditions de vie
    en campagne et des soins médicaux meilleurs que dans les autres unités
    de l'armée. Concernant la promotion, il est évident qu'elle était plus
    fréquente dans la Garde et se faisait plus rapidement que dans les
    Régiments de ligne. Environ 20% des soldats de la Garde furent promus
    officiers ou sous-officiers de la Garde, et plus de 3% obtinrent le
    grade d'officier dans la ligne. Cependant il ne faut pas oublier que
    plus de la moitié des hommes recrutés dans la Garde avaient déjà le
    grade de caporal ou de sous-officier.


    Encore
    une particularité : le nombre de retraités et de ceux qui ont obtenu la
    vétérance est à peu près deux fois supérieur à celui des unités de
    ligne.





    Les privilèges


    Le
    "portrait" du grenadier à pied de Mauduit atteste que les soldats de la
    Garde ne manquaient pas d'argent. En effet, la solde y était beaucoup
    plus élevée que dans les Régiments de ligne.


    ]Solde dans les unités d'infanterie (en francs / par jour)

    Infanterie de ligne Infanterie de la Garde
    Sergent-major
    Sergent
    Caporal
    Tambour
    Grenadier
    0.85
    0.62
    0.45
    0.40
    0.30
    2.67
    2.22
    1.67
    1.39
    1.17

    Outre
    la solde plus élevée, les généreuses récompenses et les décorations, la
    Garde avait des conditions d'existence privilégiées par rapport aux
    Régiments de la ligne : Elle fut la seule à rentrer à Paris après la
    campagne de 1805, tous les autres corps étaient restés en Allemagne. Q
    uoique
    le cantonnement en Bavière ou Bade ne fût pas parmis les obligations
    les plus pénibles, la rentrée dans la capitale de l'Empire était bien
    plus agréable. L
    es casernes de la Garde
    à Paris étaient meilleures que celles des Régiments de ligne : locaux
    plus spacieux, propres et bien aérés...et la comparaison devient
    particulièrement dérisoire lorsqu'il s'agit des uniformes.




    De
    tout temps, la Garde avait non seulement de belles tenues, mais aussi
    des tenues de bonne qualité. Dans les Régiments de ligne, les délais
    règlementaires de la durée des effets militaires étaient généralement
    respectés : par exemple, l'habit devait être porté deux ans,
    indépendamment de son état, même après une pénible campagne, et les
    pauvres fusiliers n'en recevaient pas d'autres tant que la
    règlementation ne le permettait pas. D
    ans
    la Garde, c'était différent : dès que l'uniforme était usé, on en
    commandait immédiatement un autre. Les dépenses étaient telles que les
    finances de l'Empire n'arrivaient pas à suivre les exigences des unités
    de la Garde, de plus en plus nombreuses. L
    es
    fournisseurs, sûrs de la solidité du Régime, livraient leur marchandise
    sur promesses de paiement, de sorte qu'en 1818, quand l'Empire avait
    déjà cessé d'exister, le ministère des finances Royales continuait de
    payer les anciennes dettes ; il restait à verser pour les uniformes de
    la Garde Impériale disparue 1.477.479 francs et 83 centimes ! L
    a
    supériorité des grades était encore un des privilèges les plus
    importants de la Garde. Le 20 septembre 1805, l'Empereur signa un
    décret qui stipulait que les soldats et les sous-officiers de la Garde
    avaient l'avantage de deux grades par rapport aux autres corps. Ainsi,
    le Grenadier de la Garde était égal au sergent des troupes de ligne, le
    caporal au sergent-major, le sergent à l'adjudant sous-officier, le
    sergent-major au sous-lieutenant...etc. S
    i
    la Garde agissait en coopération avec les troupes de ligne, l'ordre de
    subordination était le suivant : Le grenadier de la Garde avait le
    droit de commander tous les militaires dont les grades étaient
    inférieurs au grade qui lui correspondait, et devait se mettre sous les
    ordres de ceux qui avaient formellement le grade qui leur
    correspondait. En d'autres termes, un soldat de la Garde pouvait donner
    l'ordre à n'importe quel soldat ou caporal des Régiments de ligne, mais
    devait obéir à tous les sergents ; un caporal des Grenadiers de la
    Garde était supérieur aux sergents des Régiments de ligne, mais
    obéissait aux sergents-majors, ...etc. Les officiers, eux, avaient une
    supériorité d'un grade.


    A
    part ces privilèges matériels et hiérarchiques, la Garde en possédait
    d'autres, moins pragmatiques peut-être, mais très flatteurs et qui
    provoquaient l'envie générale des autres unités.


    Le décret impérial du 13 juillet 1804, par exemple, lui attribuait les privilèges suivants :




    - Partout où les
    troupes de la Garde Impériale se trouvent réunies avec celles de la
    ligne, elles ont la droite et le poste d'honneur leur est déféré.


    - Les officiers et
    sous-officiers de la Garde Impériale ont, à grade égal, le commandement
    sur les officiers et sous-officiers des corps de la ligne, lorsqu'ils
    se trouvent réunis dans un poste pour le même service.


    - Lorsqu'un détachement
    de la Garde rencontre en route un corps ou un détachement des troupes
    de la ligne, e dernier se met en bataille et porte les armes ; les
    Drapeaux et étendards saluent ; les tambours battent "aux champs" et
    les trompettes sonnent "la marche" jusqu'à ce que les troupes de la
    Garde Impériale soient passées. Les colonels ou commandants de

    détachements se saluent réciproquement.
    Dans ce cas, le corps de la
    Garde Impériale rend les mêmes honneurs qu'il reçoit du corps de
    troupes de ligne ; mais il n'arrête pas sa marche.


    - Lorsque l'Empereur
    traverse une rivière ou, qu'étant dans un port de mer il va se promener
    dans le port ou en rade, les troupes de la Garde Impériale ont
    exclusivement la garde du bateau qui porte sa Majesté.


    - Dans les voyages, la Garde Impériale doit seule précéder et suivre immédiatement la voiture de sa Majesté.





    Bien
    entendu, toutes ces distinctions, souvent méritées, provoquaient la
    jalousie et même la haine des autres soldats et officiers.


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